Accueil
      Biographie
      Ouvrages
      Articles
      Contact
.: ARTICLES :.

L'effet bénéfique du discours du président iranien

Par Masri Feki © Metula News Agency
31 octobre 2005

Cette semaine, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad mériterait d’être remercié pour le cadeau qu’il vient d’offrir à Israël. Invité mercredi dernier à une conférence intitulée « Le monde sans le sionisme » à Téhéran, l’ultraconservateur fraîchement élu a appelé, devant quatre mille étudiants radicaux, à ce que l’Etat d’Israël soit « rayé de la carte ».

En réalité, par cette déclaration, le chef de l’Etat iranien a affirmé publiquement ce que pensent bon nombre de ses homologues arabes.

Attirant les foudres de la société internationale, cette déclaration devrait sensibiliser l’opinion publique mondiale sur les menaces qui pèsent sur l’Etat hébreu et devrait susciter une prise de conscience générale du climat de haine et d’incitation à la violence qui règne dans les pays musulmans. Pour qui veut saisir ce climat, il est impératif de savoir que le président de la République islamique n’a fait que répéter ce qu’apprennent les écoliers dans le Moyen-Orient arabe. C’est aussi ce qu’on m’apprenait dans mon lycée cairote, il y a moins d’une décennie.

L’exemple du pays du Nil, le membre de la Ligue arabe qui entretient les liens les plus étroits avec Israël, est symptomatique de cette atmosphère. Si l’Egypte est en effet signataire d’un accord de paix avec Jérusalem [1], l’Etat hébreu ne figure pas sur ses cartes officielles, ni dans les manuels scolaires, ni dans ses média, pas plus que dans les publications du ministère des Affaires Etrangères. Il est très courant d’entendre des universitaires renommés, des intellectuels ou des acteurs de cinéma, appeler publiquement à la destruction de l’Etat juif sur toutes les chaînes de TV égyptiennes. Toutes, sans exception. Il y a à peine trois ans, le Premier ministre de l’époque, Atef Ebeid, avait déclaré à un média local que si l’Egypte en avait eu les moyens, elle n’aurait pas hésité à entrer en guerre contre Israël. Cela, c’est sans compter, bien entendu, les propos haineux et racistes des officiels de l’institution religieuse. Dans un ouvrage intitulé « Histoire des enfants d’Israël », l’actuel cheikh d’Al-Azhar [2], Mohamed Sayed Tantawi, écrit que les Juifs sont les ennemis naturels de la oumma [3] musulmane et que tout accord de houdna [4] conclu avec eux ne peut être que provisoire.

Alors que l’appel à rayer Israël de la carte a donné lieu à des protestations occidentales, il est grand temps de dénoncer également le double langage des dirigeants arabes qui cautionnent l’incitation à la haine raciale et à la violence à travers les instituons religieuses, éducatives et médiatiques.

Une question spécifique de compréhension politique se pose cependant quant à la démarche de Mahmoud Ahmadinejad : quel intérêt ont les dirigeants iraniens à menacer ponctuellement le lointain voisin israélien ?

Il importe d’abord de saisir que, pour les maîtres de Téhéran, Israël constitue une aubaine. Il permet en effet à l’Iran de réclamer à son profit la prépondérance au Proche-Orient, au moment où l’image de l’Iran est à son plus bas niveau depuis la fin de la guerre Iran-Irak en 1988. Si dans les ambassades arabes le nouveau président iranien est souvent taxé d’arabophobie, Téhéran est surtout accusé d’avoir des vues hégémoniques sur le nouvel Irak post-baathiste. Lors, pour tenter d’améliorer son image au sein de l’opinion publique arabe, le président de la République islamique n’a pas trouvé mieux que d’user de la potion magique anti-israélienne dont les effets ne sont plus à découvrir. En se référant à l’imam Khomeyni, Ahmadinejad entend de plus faire valoir que sa position n’est pas conjoncturelle, mais qu’elle s’inscrit dans la continuité de la politique traditionnelle trouvant son origine dans les idéaux de la révolution islamique. Prise dans cette dynamique, la condamnation des propos irresponsables du président iranien serait synonyme de condamnation de la vision de la figure emblématique de la révolution islamique : « Comme l’a dit l’imam (Khomeyni), proclame ainsi studieusement Ahmadinejad, Israël doit être rayé de la carte ».

Cet appel à l’éradication d’un Etat membre des Nations Unies devrait, en principe, entraver la normalisation des relations iraniennes avec le monde libre. Il urge pour la communauté internationale de faire comprendre aux officiels de Téhéran, qui exhibent régulièrement des missiles portant le slogan : « Israël doit être rayé de la carte » et qui arment et financent une organisation terroriste sur un territoire étranger ? le Hezbollah ? menaçant la sécurité d’un Etat membre de l’ONU, qu’ils ne sont pas à l’abri d’une intervention militaire étrangère.

Dans son élan, le président iranien s’applique à répéter que les Occidentaux « se servent d’Israël comme d’un poste avancé pour répandre ses idées au cœur même du monde islamique ». En d’autres termes, dans ce conflit entre deux civilisations qui tient le rang d’axiome dans le dogme islamiste, Israël serait un poste avancé du monde libre. En menaçant l’Etat Israël, ce sont ainsi les valeurs du monde libre qui sont visées, et, sauf à prendre le risque de mourir idiot, il vaut mieux ne pas s’y tromper. Car derrière cette rhétorique fascisante, se manifeste la volonté de l’Iran de se doter d’armement de destruction massive, et d’accentuer ses efforts dans ce sens, profitant du moment où les yeux du monde sont tournés vers Damas.

Au point où nous en sommes, une excuse publique du président iranien serait estimable, dans la mesure où elle mettrait en cause à la fois la négation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël et la rhétorique de l’imam Khomeyni. A l’instar des pressions qui s’exercèrent sur l’ancien Premier ministre de la Malaisie [5], il serait ainsi salutaire que les Nations Unies obligent le président iranien à s’excuser publiquement. Et dans cette optique, la fermeté européenne serait certainement déterminante.

Notes :

[1] L’Egypte et Israël sont liés par les accords de paix de Camp David signés le 17 septembre 1978. En 1979, le Caire est la première capitale arabe à accueillir une ambassade israélienne.
[2] La plus haute instance de l’islam sunnite dans le monde.
[3] Litt. : nation. Le mot est souvent utilisé pour désigner « la communauté musulmane ».
[4] En arabe : trêve. Mot souvent employé dans le Coran et les hadiths.
[5] Le 16 octobre 2003, l’ancien Premier ministre de la Malaisie, Mahathir Mohamad, avait notamment déclaré, en ouvrant le sommet de l’Organisation de la conférence islamique, que « les Juifs dirigent le monde par procuration ».

© Metula News Agency