En
réalité, par cette déclaration,
le chef de l'Etat iranien a affirmé
publiquement ce que pensent bon nombre de
ses homologues arabes. Pour qui veut saisir
ce climat, il est impératif de savoir
que le président de la république
islamique n'a fait que répéter
ce qu'apprennent les écoliers dans
le Moyen-Orient arabe.
L'exemple
du pays du Nil, le membre de la Ligue
arabe qui entretient les liens les plus
étroits avec Israël, est symptomatique
de cette atmosphère. Si l'Egypte
est en effet signataire d'un accord de
paix avec Jérusalem, l'Etat hébreu
ne figure pas sur ses cartes officielles,
ni dans les manuels scolaires, ni dans
ses médias, pas plus que dans les
publications du ministère des Affaires
étrangères.
Il
est très courant d'entendre des
universitaires renommés, des intellectuels
ou des acteurs de cinéma, appeler
publiquement à la destruction de
l'Etat juif sur des chaînes gouvernementales.
D'autres affirment, confiants, que le
Shoah serait un "mythe gigantesque"
pour reprendre les termes employés
récemment sur la première
chaîne gouvernementale égyptienne
par Dr Abdelwahab El-Massiri, spécialiste
de la "question juive" à
l'université cairote d'Ein-Shams.
Il
y a à peine quatre ans, le Premier
ministre de l'époque, Atef Ebeid,
avait déclaré à un
média local que si l'Egypte en
avait eu les moyens, elle n'aurait pas
hésité à entrer en
guerre contre Israël. Cela, c'est
sans compter, bien entendu, les propos
haineux et irresponsables des officiels
de l'institution religieuse. Dans un ouvrage
intitulé Histoire des enfants d'Israël,
l'actuel cheikh d'Al-Azhar, Mohamed Sayed
Tantawi, écrit que les Juifs sont
les ennemis naturels de la oumma musulmane
et que tout accord de houdna conclu avec
eux ne peut être que provisoire.
Une
question spécifique de compréhension
politique se pose cependant quant à
la démarche de Mahmoud Ahmadinejad
: quel intérêt ont les dirigeants
iraniens à menacer ponctuellement
le lointain voisin israélien ?
Il
importe d'abord de saisir que, pour les
maîtres de Téhéran,
Israël constitue une aubaine. Il
permet en effet à l'Iran de réclamer
à son profit la prépondérance
au Proche-Orient, au moment où
l'image de l'Iran est à son plus
bas niveau depuis la fin de la guerre
Iran-Irak en 1988. Si dans les chancelleries
arabes l'ancien pasdaran est souvent taxé
d'arabophobie, Téhéran est
surtout accusé d'avoir des vues
hégémoniques sur le nouvel
Irak post-baathiste. Lors, pour tenter
d'améliorer son image au sein de
l'opinion publique arabe, le président
de la république islamique n'a
pas trouvé mieux que d'user de
la potion magique antijuive dont les effets
ne sont plus à découvrir.