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Ahmadinejad le révolutionnaire !

Par Masri Feki © Metula News Agency
8 septembre 2006

Le président extrémiste iranien Mahmoud Ahmadinejad a plaidé mardi 5 septembre pour une purge des enseignants laïcs dans les universités du pays, exhortant les étudiants à mener à bien cette « révolution culturelle » pour revenir aux valeurs de la révolution islamique de 1979. Le dirigeant iranien, dans son rôle de chef du Conseil de la Révolution Culturelle, a le pouvoir de prendre de telles mesures. Ainsi, en début d’année, l’Iran a envoyé à la retraite des dizaines d'enseignants qualifiés de « libéraux ». Déjà, en novembre 2005, un religieux avait été, pour la première fois, nommé à la tête de l'université de Téhéran.

Il est intéressant de noter que, selon le Fonds monétaire international, 150’000 jeunes diplômés iraniens quittent chaque année leur pays tandis que les universités du pays comptent actuellement quelque 2,3 millions d'étudiants.

Pour l'ancien porte-parole du comité de coordination du mouvement estudiantin pour la démocratie en Iran, Kavéh Mohséni, « il s'agit d'une mesure de fermeté pour montrer la détermination du régime dans tous les domaines. Il y a eu le ramassage des (antennes) satellites à l’encontre de ceux qui s’intéressent à l’info, puis la surveillance du territoire à l’encontre des indécis militaires du régime et la surveillance des fuites de capitaux (manœuvres militaires pour terroriser les hésitants qui ne croient plus en ce régime) ». Et d’ajouter : « Le régime entend dire qu'il est différent de celui du Shah et ne tolérera aucune mollesse. Il faudra alors s’attendre à d’autres mesures encore plus radicales ».

En revanche, le dissident iranien Ebrahim Nabavi ne prend pas au sérieux les paroles d’Ahmadinejad. Il écrit ainsi dans le journal persanophone Rooz : « Personne n'accorde de crédit à ses propos, parce que, de toute façon, il (Ahmadinejad) dit tout ce qui lui passe par la tête. »

A vrai dire, ces mesures radicales prônées par l’ancien maire ultraconservateur de Téhéran n’ont rien de révolutionnaire. Il convient de rappeler qu’au début des années 1980, peu après la révolution islamique, l’Iran avait organisé la « révolution culturelle », c’est-à-dire la purge de milliers d’universitaires et d’étudiants. Mahmoud Ahmadinejad avait annoncé, à la même occasion, des mesures de censure des films étrangers faisant la « propagande de la pensée laïque, féministe et libérale », tandis que le guide suprême de la Révolution, Ali Khameneï, prônait une valorisation de la culture du martyre et du combat pour la gloire d’Allah (Al Jihad fi sabil Allah).

En effet, depuis la révolution de 1979, le régime islamique iranien utilise les symboles du chiisme, comme les martyrs, particulièrement ceux issus de la guerre contre l’Irak, afin de servir ses intérêts. Ainsi, les Bassidjis étaient des combattants d’une organisation créée juste après la révolution, partie intégrante de l’armée et forte d’un demi million de jeunes, envoyés sur le front dès l’âge de 12 ans, et qui y périssaient dans la « tradition des martyrs chiites » ! Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la milice chiite libanaise, que contrôle Téhéran, ait recruté plus de 2’000 enfants âgés de 10 à 15 ans pour former des milices armées, une attitude largement désapprouvée par l’opinion publique arabe. Ainsi, le 18 août dernier, l’hebdomadaire égyptien Roz Al-Youssef dénonçait fermement le recrutement de mineurs au sein du Hezbollah, tandis que nombre d’intellectuels arabes qualifient le Hezbollah d’« organisation criminelle » à la tribune de la chaîne qatarie, la « CNN arabophone » Al-Jazeera.

Alors que le discours des mollahs s’adresse essentiellement aux déshérités, les mostaz’afin, mobilisant d’abord les foules peu politisées, le régime iranien n’a aucun intérêt à se réformer, au grand dam du « très modéré » Khatami [1]. Le régime iranien est toujours influencé par les idées du défunt orateur Ali Chariati [2], l’idéologue du « chiisme moderne », qui élabora une synthèse entre l’islam chiite et le « progressisme ». Pour Chariati, qui avait une position radicalement tiers-mondiste, seul l’ « humanisme musulman » pouvait sauver l’identité perse, mais aussi celle des autres victimes de la colonisation croisée, du capitalisme impérialiste et du communisme athée. Il visait ainsi l’indépendance politique et économique, de même que la régénérescence de l’identité musulmane que l’Occident et le communisme auraient subverti.

Comme Chariati et Khomeyni, Ahmadinejad s’appuie sur des discours simples, compris de tous, transmis par radio, reproduits sur cassettes, entendus jusqu’au fin fond du pays. Il n’est pas surprenant, dans ces conditions, que le pouvoir clérical perse cherche à contrôler les media et à exercer un monopole de la parole lui permettant d’écarter l’intelligentsia du pays.

Notes :

[1] Ancien président de la République islamique d’Iran (1997-2005).
[2] Il a traduit en persan les « Damnées de la terre » de Frantz Fanon. Cette démarche s’inscrit dans le courant de ceux qui tentent de récupérer la pensée du leader existentialiste Fanon, un proche de Jean-Paul Sartre.

© Metula News Agency