Il
est intéressant de noter que, selon
le Fonds monétaire international,
150’000 jeunes diplômés iraniens
quittent chaque année leur pays tandis
que les universités du pays comptent
actuellement quelque 2,3 millions d'étudiants.
Pour l'ancien porte-parole du comité
de coordination du mouvement estudiantin
pour la démocratie en Iran, Kavéh
Mohséni, « il s'agit d'une
mesure de fermeté pour montrer la
détermination du régime dans
tous les domaines. Il y a eu le ramassage
des (antennes) satellites à l’encontre
de ceux qui s’intéressent à
l’info, puis la surveillance du territoire
à l’encontre des indécis militaires
du régime et la surveillance des
fuites de capitaux (manœuvres militaires
pour terroriser les hésitants qui
ne croient plus en ce régime) ».
Et d’ajouter : « Le régime
entend dire qu'il est différent de
celui du Shah et ne tolérera aucune
mollesse. Il faudra alors s’attendre à
d’autres mesures encore plus radicales ».
En revanche, le dissident iranien Ebrahim
Nabavi ne prend pas au sérieux les
paroles d’Ahmadinejad. Il écrit ainsi
dans le journal persanophone Rooz
: « Personne n'accorde de crédit
à ses propos, parce que, de toute
façon, il (Ahmadinejad) dit tout
ce qui lui passe par la tête. »
A vrai dire, ces mesures radicales prônées
par l’ancien maire ultraconservateur de
Téhéran n’ont rien de révolutionnaire.
Il convient de rappeler qu’au début
des années 1980, peu après
la révolution islamique, l’Iran avait
organisé la « révolution
culturelle », c’est-à-dire
la purge de milliers d’universitaires et
d’étudiants. Mahmoud Ahmadinejad
avait annoncé, à la même
occasion, des mesures de censure des films
étrangers faisant la « propagande
de la pensée laïque, féministe
et libérale », tandis que le
guide suprême de la Révolution,
Ali Khameneï, prônait une valorisation
de la culture du martyre et du combat pour
la gloire d’Allah (Al Jihad fi sabil
Allah).
En effet, depuis la révolution de
1979, le régime islamique iranien
utilise les symboles du chiisme, comme les
martyrs, particulièrement ceux issus
de la guerre contre l’Irak, afin de servir
ses intérêts. Ainsi, les Bassidjis
étaient des combattants d’une organisation
créée juste après la
révolution, partie intégrante
de l’armée et forte d’un demi million
de jeunes, envoyés sur le front dès
l’âge de 12 ans, et qui y périssaient
dans la « tradition des martyrs chiites
» ! Il n’y a donc rien d’étonnant
à ce que la milice chiite libanaise,
que contrôle Téhéran,
ait recruté plus de 2’000 enfants
âgés de 10 à 15 ans
pour former des milices armées, une
attitude largement désapprouvée
par l’opinion publique arabe. Ainsi, le
18 août dernier, l’hebdomadaire égyptien
Roz Al-Youssef dénonçait
fermement le recrutement de mineurs au sein
du Hezbollah, tandis que nombre d’intellectuels
arabes qualifient le Hezbollah d’«
organisation criminelle » à
la tribune de la chaîne qatarie, la
« CNN arabophone » Al-Jazeera.
Alors que le discours des mollahs s’adresse
essentiellement aux déshérités,
les mostaz’afin, mobilisant d’abord
les foules peu politisées, le régime
iranien n’a aucun intérêt à
se réformer, au grand dam du «
très modéré »
Khatami [1].
Le régime iranien est toujours influencé
par les idées du défunt orateur
Ali Chariati [2],
l’idéologue du « chiisme moderne
», qui élabora une synthèse
entre l’islam chiite et le « progressisme
». Pour Chariati, qui avait une position
radicalement tiers-mondiste, seul l’ «
humanisme musulman » pouvait sauver
l’identité perse, mais aussi celle
des autres victimes de la colonisation croisée,
du capitalisme impérialiste et du
communisme athée. Il visait ainsi
l’indépendance politique et économique,
de même que la régénérescence
de l’identité musulmane que l’Occident
et le communisme auraient subverti.
Comme
Chariati et Khomeyni, Ahmadinejad s’appuie
sur des discours simples, compris de tous,
transmis par radio, reproduits sur cassettes,
entendus jusqu’au fin fond du pays. Il n’est
pas surprenant, dans ces conditions, que
le pouvoir clérical perse cherche
à contrôler les media et à
exercer un monopole de la parole lui permettant
d’écarter l’intelligentsia du pays.