Par
Masri Feki © Résilience
TV
26 septembre 2006
Au
cours d'une rencontre de théologiens à
Ratisbonne, en Allemagne, le Pape Benoît
XVI a évoqué un ouvrage rapportant
un dialogue entre l’Empereur byzantin du XIVe
siècle Manuel II Paléologue et un
érudit perse : « L’Empereur en vient
à parler du Djihad, la guerre
sainte ». Et de citer alors les propos de
l’Empereur : « Montre-moi ce que Mahomet
a apporté de nouveau et tu ne trouveras
que des choses mauvaises et inhumaines, comme
son ordre de diffuser par l’épée
la foi qu’il prêchait ». Le discours
pontifical était consacré à
la foi, à la violence et la raison. Mais
en quoi cela pourrait-il choquer les musulmans
si ces derniers reconnaissent que Mahomet avait
été à la tête des gangs
arabes lors des premières guerres expansionnistes
de l’Islam (en arabe les « Fotouhat »,
pluriel du mot « Fatah » [1]
qui signifie : invasion) ? D’ailleurs la religion
musulmane n’autorise-t-elle pas ses fidèles
à étendre l’islam par la force ?
Les
réactions démesurées et plus
ou moins belliqueuses des hautes instances musulmanes
– sunnites et chiites – et de certains gouvernements
islamiques sont d’autant plus révoltantes
qu’aucune de ces autorités n’a jamais émis
la moindre protestation contre les nombreuses
œuvres littéraires et artistiques, articles
de presse et manuels scolaires arabes qui donnent
une image très négative des autres
religions.
Dans les écoles syriennes, par exemple,
on apprend aux écoliers de dix ans que
les Juifs se servent du sang des enfants musulmans
et chrétiens pour le « sacrifice
de Pessah » ; en Egypte, de même,
de nombreux articles parus au cours des dix dernières
années ont été rédigés
sur la fête juive de Pourim, pour laquelle
les Juifs seraient tenus à obtenir du sang
humain, afin que leurs prêtres puissent
préparer les pâtisseries propres
à Pourim ! [2]
En
Arabie wahhabite, on enseigne aux étudiants
de troisième année qu’il est du
devoir de chaque musulman de manifester mépris
et dégoût chaque fois qu’il croise
un adorateur de la croix (un chrétien).
Ce discours qui ne reflète que la haine
gratuite et l’intolérance absolue semble
faire école aujourd’hui dans la région
du berceau des trois grandes religions monothéistes.
Le monde civilisé doit comprendre qu’un
chrétien ne vaut pas mieux qu’un Juif dans
l’état d’esprit des égorgeurs fanatisés
et des brûleurs de livres.
Depuis
deux semaines, les principaux médias arabophones
donnent la parole à des imams prétendant
que l’Occident aurait déclaré la
guerre à l’Islam et que les pays musulmans
devraient se mobiliser ! Une caricature parue
dans l’hebdomadaire du Hamas « Al-Risala
» présente le Pape Benoît XVI
en tenue nazie et portant une écharpe sur
laquelle figurent des drapeaux américains
et danois ! A la télévision palestinienne
contrôlée par le Fatah, un leader
religieux du Hamas a qualifié le Pape de
« criminel et arrogant », «
ignorant et stupide », avant de le conseiller
d’attendre sa punition : « Allah ne punit
pas nécessairement le mauvais immédiatement,
mais attend jusqu’au jour du jugement final ».
Les
principaux représentants des communautés
musulmanes en Occident ont quant à eux
prétendu que l’islam respectait toutes
les religions révélées (monothéistes)
et que les Occidentaux devaient faire preuve de
plus de tolérance. Qu’en est-il alors des
religions « non révélées
» ? Ces réactions sont d’autant plus
scandaleux que le monde libre n’a jamais cherché
à contrôler les discours des chefs
d’Etat musulmans, de même que le Vatican
ne s’ingère pas dans la rédaction
des manuels scolaires en Arabie saoudite. Il est
peut-être utile de rappeler que si la littérature
et l’enseignement musulmans autorisent l’existence
des religions monothéistes et reconnaît
leurs prophètes (seulement ceux cités
par le Coran), il n’en va pas de même des
autres religions dites non révélées,
telles que les principales confessions asiatiques,
formellement interdites dans pratiquement tous
les pays musulmans. Même dans les principaux
pays arabes dits laïcs-progressistes (Egypte,
Syrie), tout converti à une religion non-révélée
est passible de la peine capitale !
Qu’en
est-il donc de cette tolérance de l’islam
si vantée en Occident ? En réalité,
l’islam n’admet que les religions qu’il a bien
voulu reconnaître, dont il se revendique
être la continuité. Et là
encore, qu’il s’agisse du judaïsme ou du
christianisme, les textes bibliques ne sont tolérés
que s’ils sont interprétés à
la façon islamique. Les Juifs et les chrétiens
seraient ainsi dans l’erreur et l’ignorance et
leurs religions auraient été falsifiées.
Pour les musulmans, une négation de ces
principes est absolument inadmissible car elle
remettrait en cause la validité des normes
et des vérités coraniques [3].
Cependant, au cours de l’Histoire, cela n’a pas
été toujours le cas. A titre d’exemples,
sous le califat d’Omar ibn El-Hattab, à
la suite de la révolte des mages, ceux-ci
ont fini par être considérés
comme dhimmis [4],
de même que le troisième calife orthodoxe
a inclus le sabe’a (le culte des étoiles)
dans la même catégorie, alors que
ces deux communautés ne sont pas des Gens
du Livre ; deux exemples frappants qui démontrent
bien que l’islam a toujours été
politique et demeure davantage une doctrine de
domination politique qu’une confession ; encore
moins une philosophie.
Aujourd’hui
encore, la religion musulmane est instrumentalisée
au Moyen-Orient par tous ces régimes médiévaux
en quête de légitimité populaire.
Même dans les écoles prétendument
laïques des républiques pseudo progressistes,
on apprend aux écoliers coptes, kurdes
et turkmènes que leurs ancêtres sont
arabes et la confusion est maintenue au mépris
de la vérité historique. Les pyramides
sont à porter au crédit de la «
Nation arabe ». Même les prophètes
d'Israël sont arabes selon ces manuels. Ainsi
Abraham est le premier arabe musulman qui a prévu
l’avènement de Mahomet, à l’instar
de Moïse et du prophète Issa ibn Mariam,
autrement appelé Jésus. On apprend
aux écoliers que la Bible est rédigée
en arabe, que Babylone, la Syrie, la Judée
ont toujours été arabes et que l’islam
est la religion naturelle dans laquelle chacun
naît mais dont certains parents détournent
leurs enfants en les faisant chrétiens,
juifs ou autres. L’islam est présenté
comme l’unique religion devant Dieu.
En
Egypte, dans un manuel de classe préparatoire,
un texte dit que le message de Mahomet a été
nécessaire pour convertir à l’islam
les koffar [5]
parmi les ahl kitab [6]
et les moushrikin [7].
Ceux qui ont mécru après avoir reçu
ce message sont les pires personnages de la création
; ceux qui ont cru et ont fait du bien, en sont
bien entendu les meilleurs. Un autre texte précise
que ceux qui ne croient pas à Mahomet et
complotent contre lui seront punis le «
jour de la résurrection ». Les termes
koffar et moushrikin ne se limitent pas aux adeptes
des religions non-monothéistes mais englobent
aussi, dans certains textes, les chrétiens
et les Juifs qui relèvent normalement du
statut plus favorable des dhimmis. En Syrie laïque,
un texte scolaire sur le droit de la famille critique
le mariage mixte entre un musulman et une non-musulmane
et interdit tout mariage entre une musulmane et
un non-musulman.
Comme
le souligne le juriste palestinien chrétien,
Sami Al-Deeb, le thème de Djihad,
guerre sainte, ne cesse de figurer dans les livres
d’enseignement religieux islamique, même
dans les pays arabes les plus progressistes. On
y affirme que le musulman ne se soumet pas à
l’ennemi de sa foi et de sa religion, qui sème
le désordre dans sa patrie et son pays.
La parole du musulman doit être toujours
la plus haute. C’est pourquoi il lutte jusqu’à
la victoire, afin que la parole d’Allah soit supérieure,
et la parole des mécréants inférieure.
Il est parfois difficile de discerner s’il s’agit
d’une guerre défensive ou offensive qui
vise à étendre l’islam à
l’ensemble du monde. Il n’est pas non plus facile
de se faire une idée claire sur les rapports
que le musulman doit entretenir avec l’Etat. Alors
même que le gouvernement établit
les manuels, certains éléments religieux
radicaux auraient même tendance à
justifier une lutte contre ce dernier.
Au
Moyen-Orient dit arabe d’aujourd’hui, en dehors
des cours de religion musulmane imposés
aux étudiants nés de pères
musulmans, les manuels en langue arabe sont fortement
influencés par ces préoccupations
religieuses. En Egypte, par exemple, dans l’introduction
de l’un de ces ouvrages, on peut lire que son
but est de « graver dans le cœur des élèves
les hautes valeurs qui approfondissent la foi
en Allah et en la religion ». De manière
générale, au Moyen-Orient, ces manuels
comportent de nombreux textes coraniques et récits
du prophète de l’Islam mais pas un seul
texte de l’Ancien ou du Nouveau testament [8].
Parfois même, des récits bibliques
qui se trouvent dans le Coran ne sont enseignés
que sous leur forme coranique, qui diffère
sensiblement de celle de la Bible. Les thèmes
de ces ouvrages se rapportent uniquement à
la période postérieure à
la conquête musulmane de l’Egypte ; la période
pharaonique ou copte chrétienne étant
complètement escamotée.
Pour
l’opposant égyptien résidant aux
Etats-Unis, Magdi Khalil, le véritable
problème est celui du système éducatif
qui ne permet pas au musulman de connaître
l’ « autre », tandis que les non-musulmans
apprennent le Coran dans le cadre des cours de
littérature. En effet, et comme le souligne
Sami Al-Deeb [9],
dans les cours de langue arabe, l’étudiant
chrétien est obligé d’apprendre
et de réciter des formules islamiques.
Lors des récitations, chaque texte coranique
est précédé par la locution
: « Allah a dit… ». Les questions
reviennent avec insistance : « Que dit Allah
? ».
De
nombreux textes s’efforcent d’inculquer aux étudiants
les vertus sociales et le comportement juste,
mais toujours à partir des textes islamiques,
tirés le plus souvent du Coran. L’islam
a donc officiellement le monopole de la vertu
et des bonnes actions. Un manuel égyptien
parmi d’autres apprend à tous les élèves
sans distinctions comment échapper à
l’enfer : « croire en Allah, faire la prière,
jeûner pendant le Ramadan et faire le pèlerinage
à la Mecque ». Il est ensuite ajouté
qu’Allah se venge des koffar, des mécréants.
Ceux qui ne croient pas au Coran doivent savoir
qu’ils n’échapperont pas à la sanction
divine le Jour du Grand Jugement (Yom al Qiyama).
Si
quelques caricatures parues initialement dans
un modeste journal scandinave ont pu provoquer
toute cette violence dans le monde musulman, et
ont pu être interprétées par
certains hommes d’Etat de ce monde comme un «
complot sioniste » consécutif à
la victoire du Hamas aux élections législatives
palestiniennes, la réaction occidentale
doit être à la hauteur de l’enjeu.
En
ce sens, il faudrait que nos sages et paisibles
rabbins d’Europe demandent aux dignitaires des
hautes instances musulmanes de supprimer du Coran
les passages à caractère clairement
raciste et intolérant, de remettre en cause
le verset qui fait des Juifs des descendants des
singes et des procs. J’invite de même nos
honorables évêques à demander
à ce que soient condamnés les hadiths
(paroles) de Mahomet qui prêchent l’extermination
des infidèles et légitiment les
guerres dites saintes. Des excuses qui ont déjà
quatorze siècles de retard.