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Yémen : Al-Ternance

Par Masri Feki © Metula News Agency
12 octobre 2006

La cinquième réélection du président Ali Abdallah Saleh, qui a obtenu 77.2% des suffrages à l’issue du scrutin présidentiel du 20 septembre au Yémen, ne surprend visiblement pas grand monde au Moyen-Orient. Tous les sondages donnaient Saleh gagnant.

Au Caire, le président Hosni Moubarak s’est félicité du « bon déroulement » des élections présidentielles yéménites, tandis que son homologue mauritanien, fraîchement arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat militaire, a envoyé une lettre de « félicitations particulièrement chaleureuses » au chef de l’Etat yéménite.

Rappelons que, quelques semaines seulement avant les élections, on croyait que le président du Yémen allait créer un précédent historique dans le monde arabe, lorsqu’il avait annoncé qu’il ne voulait pas briguer un nouveau mandat de sept ans. Les paroles des chefs d’Etat arabes étant comme le vent, Saleh avait affirmé qu’après des années de réformes, les conditions politiques étaient réunies pour un fonctionnement démocratique plein et entier, et d’expliquer que son refus n’était pas feint et qu’il ne s’agissait pas pour lui de fausse modestie afin de se faire prier, mais d’une réelle volonté de mettre le peuple yéménite devant ses responsabilités historiques !

Quelques temps plus tard, cependant, dans un entretien accordé au quotidien yéménite Al-Thawra (La Révolution), Saleh déclara qu’il ne pouvait rester insensible aux larmes de son peuple et qu’il avait entendu l’appel des millions de citoyens descendus dans les rues à travers tout le pays. Il avait senti que l’heure était grave et que les ennemis de la révolution, de la République, de l’unité et de la démocratie fourbissaient leurs armes en attendant la fin de son règne. Oui, avait-il expliqué, il avait entendu les demandes pressantes du peuple et acceptait de se représenter pour un nouveau mandat. Toujours selon le président, ces manifestations populaires avaient été spontanées et nullement organisées par qui que ce soit.

Mais un porte-parole de l’opposition, Ali al Sarari, affirma à ce propos : « Nous pensons que les résultats sont truqués et nous ne les reconnaîtrons pas ». L’opposition est persuadée que l’ancien ministre du Pétrole et principal adversaire de Saleh, Fayçal Ben Chamlane (21.8% des voix, officiellement), aurait en réalité obtenu environ 40% des voix. Elle accuse le gouvernement d’avoir bouclé des bureaux de vote, d’avoir expulsé des représentants des candidats et d’avoir commis des irrégularités dans le décompte des voix pour les élections municipales, organisées en même temps que la présidentielle.

Au pouvoir depuis vingt-huit ans, le président Saleh, à l’instar de ses homologues arabes, dispose du parti le mieux organisé et le plus structuré du pays. Selon un quotidien arabophone londonien, Al-Quds Al-Arabi (Jérusalem arabe), l’opposition yéménite, qui conteste la victoire du président sortant, « a activement participé à ces élections, malgré ses divisions et ses faiblesses. Ainsi, Ben Chamlane, a pu mener sa campagne électorale et tenir des conférences de presse sans être inquiété par les autorités ».

D’après plusieurs médias arabes, Ali Abdallah Saleh aurait en fait provoqué des manifestations « spontanées » afin qu’on le supplie de rester à la tête du pays. Selon l’éditorialiste d’Al-Quds Al-Arabi, seuls les imbéciles auraient pu croire que Saleh renoncerait volontairement au pouvoir qu’il détient depuis un coup d’Etat militaire en 1978. Non seulement il avait organisé une mise en scène comparable lors des élections précédentes, en 1999, mais en plus il avait procédé à une réforme constitutionnelle, en 2003, visant à lui permettre de se faire élire une cinquième fois. Par ailleurs, les manifestations de soutien, toutes « spontanées » qu’elles fussent, avaient tout de même bénéficié de circonstances favorables : jours de congé dans les administrations, les universités et les écoles, appels répétés dans les mosquées et distribution de boissons au cours des rassemblements !

« Après sa victoire électorale », estime l’éditorialiste de Jérusalem arabe, « le président Saleh devra respecter les promesses et les engagements qu’il a pris lors de sa campagne électorale. Car désormais, les Yéménites attendent beaucoup de leur président, à tous égards. La redistribution des richesses, l’égalité devant la justice, le renforcement des libertés et surtout, la lutte contre la corruption, une maladie qui mine le pouvoir, sont les défis qui attendent le président durant son prochain mandat ».

L’urgence de procéder à ces réformes est notamment soulignée par les prises d’otages, fréquentes dans ce pays. La dernière en date concerne quatre Français, kidnappés le 10 septembre dernier par des hommes armés d'une tribu, qui réclamaient la libération de cinq de leurs proches détenus par les autorités. Après des négociations, longues et difficiles, les otages furent finalement libérés.

Il est vrai que le Yémen connaît une forte influence des mouvements islamistes radicaux ainsi que de clans tribaux sur des régions entières qui échappent ainsi au pouvoir central. L’exemple le plus spectaculaire du déchirement interne que connaît la société yéménite a consisté en la guerre de sécession entre le Nord et le Sud, en 1994, mais aussi la révolte de la région de Saada, sous la conduite du chef religieux Badreddine Al-Houthi, en 2004. Jouissant d’un pouvoir quasiment absolu, qui repose sur la corruption et diverses allégeances tribales, leprésident Ali Abdallah Saleh a fait de la sécurité le thème principal de sa campagne, tandis que l’opposition de Ben Chamlane insistait sur les réformes politiques et économiques dont a grandement besoin le Yémen, classé par la Banque mondiale parmi les pays les plus démunis de la planète.

© Metula News Agency