Par
Masri Feki © Metula
News Agency
26 octobre 2006
Il
y a douze ans, jour pour jour, le roi Hussein de
Jordanie signait un traité de paix avec l’Etat
d’Israël au point de passage entre les
deux pays de Wadi Araba ("Emek ha-Arava",
en hébreu, la vallée de l’Arava,
en français). C’est à l’issue
de ce traité que les relations entre les
deux pays ont été normalisées
et les quelques différends territoriaux résolus.
Sa signature est étroitement liée
aux efforts réalisés dans le processus
de paix israélo-palestinien sous l’égide
de l’ancien président américain
démocrate Bill Clinton.
Néanmoins,
les relations entre la Jordanie et Israël se
caractérisent toujours par une ambivalence.
La Jordanie a constamment adhéré à
la politique israélophobe promue par la Ligue
arabe mais a aussi souvent pris des décisions
pragmatiques. Plusieurs facteurs expliquent ce pragmatisme
prudent vis-à-vis de Jérusalem : la
proximité géographique, l’orientation
pro-occidentale du royaume hachémite, et
les relations exécrables qui existaient entre
le roi Hussein et l’OLP de Yasser Arafat,
depuis les événements du tristement
fameux Septembre noir, en 1970.
A
l’occasion du 12ème anniversaire du
traité de paix historique entre la Jordanie
et Israël, l’ancien ministre de l’Information
jordanien, Hani El-Khasawna, a accordé, le
22 octobre dernier, un entretien exclusif à
la chaîne qatarie arabophone Al-Jazeera, durant
lequel il a tenu des propos particulièrement
virulents à l’égard d’Israël
et des partisans de la normalisation (motabe’in)
avec Jérusalem.
«
Les accords de Wadi Araba n’ont pas d’avenir
car ils ont été imposés au
peuple jordanien par la force », a affirmé
l’ancien ministre, avant de dénoncer
l’attitude de l’ancien président
égyptien Anouar Sadate et du Fatah de Yasser
Arafat, pour avoir reconnu Israël lors des
accords respectifs de Camp David (1977) et d’Oslo
(1993). « Affaiblie par ces deux renoncements
unilatéraux » ainsi que par les «
terribles répercussions » de la Guerre
du Golfe, la Jordanie a été «
forcée à signer la paix avec Israël
», selon lui.
Faisant
référence aux Palestiniens de Jordanie,
qui constituent plus de 70% de la population du
royaume hachémite, il a affirmé que
« beaucoup de Jordaniens sont des enfants
de la Palestine et rien au monde ne les fera renoncer
à leurs droits (au retour) ». Hani
El-Khasawna, qui qualifie l’administration
américaine de « pouvoir fasciste, affaibli
par ses problèmes irakiens », considère
que le moment est venu pour Amman de se désengager
du traité de paix qui la lie à Israël
« ou, au moins, qu’elle exige la suppression
de certaines clauses », notamment relatives
à la coopération économique
et sécuritaire, pour réduire le traité
de paix à un simple accord de cessez-le-feu.
Ces
propos radicaux sont prononcés une semaine
après que le roi Abdallah II de Jordanie
ait déclaré à l’agence
Reuters qu’il mettait en garde Israël
contre la montée de la droite nationaliste
israélienne, au moment où le leader
du parti populiste Israël notre maison, Avigdor
Lieberman, rejoint le gouvernement centriste d’Ehoud
Olmert. Le souverain hachémite a ajouté
qu’Israël risquait d’exploiter
les affrontements inter palestiniens « d’une
façon qui rendrait la vie des Palestiniens
encore plus difficile ».
Loin
d’avoir accordé le moindre soutien
à l’axe Téhéran-Damas
lors de la dernière guerre du Liban, il est
difficile cependant de considérer que les
Jordaniens ont rejoint le camp des « sunnites
pragmatiques », guidé par Le Caire
et Riad, ce camp ayant fermement dénoncé
l’aventurisme irresponsable du Hezbollah chiite
pro-iranien. Affaibli par les pressions des conservateurs,
de plus en plus actifs dans le Majlis (parlement),
la Jordanie pourra-t-elle résister à
la tentation islamiste ?