Par
Masri Feki © Le
Jerusalem Post
23 novembre 2006
Le
Liban a entamé mercredi 22 novembre un deuil
national de trois jours à la suite de l'assassinat
d'un ministre anti-syrien, un crime que de nombreuses
personnalités libanaises attribuent au régime
de Damas.
Agé
de 34 ans, Pierre Gemayel, ministre de l'Industrie
et une des figures emblématiques de la communauté
maronite libanaise a été assassiné
par balles mardi 21 novembre dans sa voiture dans
la banlieue chrétienne de Beyrouth. Le fils
de l'ancien président Amin Gemayel (1982-1988)
est le sixième homme politique libanais assassiné
en moins de deux ans.
L'assassinat
de Gemayel vient accroître les tensions qui
existaient déjà entre le gouvernement
anti-syrien de Fouad Saniora et l'opposition pro-syrienne
avec sa tête la milice chiite Hezbollah qui
cherche à déstabiliser le gouvernement
qu'elle accuse d'être à la solde des
Etats-Unis et d'Israël.
Le
leader druze Walid Joumblat accuse clairement les
Moukhabarat (Services de renseignements)
syriens de l'assassinat de Gemayel et prévoit
d'avantage de crimes politiques visant à
déstabiliser la majorité gouvernementale
anti-syrienne : "Le régime syrien semble
persister sur la voie de la terreur. Je prévois
d'avantage de meurtres [politiques] mais quoi qu'ils
fassent nous sommes ici et nous vaincrons."
Joumblat
ne semble pas être le seul à accuser
Damas. En effet, de nombreux hommes politiques libanais
incombent à la Syrie de Bashar el-Assad la
responsabilité de la campagne de terrorisme
politique que connaît le pays du Cèdre.
"Ils [les Syriens] ont repris le cycle"
des assassinats, a déploré mardi 22
novembre sur la chaîne qatarie arabophone
Al-Jazeera le chef de la majorité parlementaire
anti-syrienne, Saad Hariri, fils du défunt
Premier ministre Rafic Hariri lui-même assassiné
en février 2005.
Gemayel
a été assassiné au moment où
une crise secoue le Liban et moins d'une semaine
après l'échec de discussions sur l'octroi
d'un pouvoir de blocage au sein du gouvernement
à la minorité pro-syrienne et après
le départ du gouvernement de six ministres,
dont les cinq représentants chiites de la
milice pro-iranienne Hezbollah et du mouvement Amal.
La
majorité anti-syrienne accuse la minorité
pro-syrienne de vouloir bloquer la création
d'un tribunal spécial chargé de juger
les assassins présumés de Rafic Hariri.
Une enquête en cours des Nations unies a mis
en cause des responsables syriens tandis que la
Syrie dément toute implication.
A
Damas, le quotidien officiel du parti Baas a affirmé,
faisant allusion à Israël, que "le
responsable de ce crime est conscient de la fragilité
du Liban et cherche par cette action à faire
reculer le mouvement populaire Hezbollah qu'il n'a
pas réussi à vaincre". Puis il
ajoute : "le gouvernement de Saniora est sans
légitimité, il est temps qu'il se
démette". Il est cependant essentiel
de souligner que le gouvernement que Damas qualifie
d'"illégitime" a été
choisi par le peuple libanais et dispose d'une majorité
au sein du Parlement, tandis que le parti du Hezbollah
dispose d'une milice financée et armée
par deux Etats étrangers - la Syrie et l'Iran
- sans aucune concertation avec les autorités
officielles du Liban.
Partisan
du démantèlement du Hezbollah, Pierre
Gemayel était membre du Conseil des ministres
et un fervent opposant au régime baasiste
syrien, ce qui pourrait aisément expliquer
qu'on l'ait assassiné même si certains
tentent de mesurer leurs mots. C'est le cas de Ralph
Azkoul du Courant patriotique libre, qui affirme
qu'il y a déjà eu beaucoup d'autres
attentats au Liban et les auteurs de ces crimes
n'ont jamais été retrouvés.
"La situation étant tendue", dit-il,
"il ne faut pas proférer des affirmations
incertaines. C'est à la justice de désigner
le coupable. La motivation principale de cet assassinat
est de semer le trouble et de conduire le Liban
vers une nouvelle guerre civile."
Dans
tous les cas, s'il y a un point sur lequel une large
majorité est d'accord à Beyrouth,
c'est que le pays a besoin de l'aide de la communauté
internationale pour qu'une instance judiciaire spéciale
soit mise en place. C'est la voie que semble avoir
choisi le Premier ministre Fouad Saniora qui vient
d'appeler à la mise en place du tribunal
chargé de juger les personnes soupçonnées
d'être impliqués dans les crimes politiques
que le pays connaît depuis deux ans.