Par
Masri Feki ©
Metula
News Agency
29 novembre 2006
Le
chef du bureau politique du Hamas à
Damas, Khaled Mashaal, de passage au
Caire, a donné une conférence
de presse le samedi 25 novembre au cours
de laquelle il a affirmé, faisant
allusion à l’initiative saoudienne,
que l’ensemble des forces politiques,
aussi bien sur le plan régional
(les Etats membres de la Ligue arabe)
que sur le plan palestinien, soutenaient
« la fin de l’occupation et la
création d’un Etat palestinien
dans les frontières de 1967 ».
C’est ce que rapporte le quotidien qatari
Al-Shark, qui qualifie les propos de
Mashaal de « déclaration
historique ».
Fidèle
à sa rhétorique menaçante,
Mashaal a mis en garde Israël et
la communauté internationale
devant un effondrement de l’Autorité
Palestinienne et a indiqué qu’une
troisième Intifada éclaterait
si un Etat palestinien n’était
pas créé dans les six
mois à venir. « Le rejet
d’une telle initiative renforcera le
Hamas et les forces de la résistance,
ce qui pourrait provoquer un effondrement
de l’Autorité Palestinienne et
une troisième Intifada, et c’est
alors que le conflit prendrait de nouvelles
proportions », a-t-il déclaré.
Interrogé sur le sort du caporal
Gilad Shalit, enlevé le 25 juin
dernier, Mashaal a déclaré
: « Il va bien et envoie ses salutations.
». Le quotidien arabophone londonien
Al-Hayat a indiqué que les médiateurs
égyptiens dans l’affaire d’échange
de prisonniers avaient expliqué
à Mashaal qu’il devait être
plus réaliste dans ses demandes
à Israël.
Le
Hamas cherche par ses manœuvres, du
moins verbales, à se démarquer
du Fatah et se montrer capable de prendre
des initiatives. En effet, les deux
mouvements rivaux sont engagés
dans une lutte de pouvoir sans merci
pour le contrôle des territoires
contrôlés par l’AP. Pour
tenter de sortir de la crise, le Hamas
et le Fatah avaient engagé, au
mois d’octobre, des discussions sur
la formation d’un gouvernement d’union
mais ces pourparlers butent toujours
sur le refus du Hamas de reconnaître
Israël, de reconnaître les
accords signés par l’Autorité
dans le passé et de renoncer
au terrorisme, trois exigences de la
communauté internationale pour
une reprise de leur aide financière.
Plusieurs canaux discrets avec l’Egypte,
le Qatar et l’Arabie Saoudite ont été
activés à maintes reprises
pour relancer la négociation
sur ce sujet. En vain.
Face
à l’inquiétude des régimes
arabes dits pragmatiques, qui ne souhaitent
pas le maintien d’un mouvement islamiste-conservateur
dans le gouvernement palestinien – dangereux
précédent pour eux – et
dans le souci constant de plaire aux
Américains, il s’agit de faire
émerger un « front arabe
modéré », pragmatique,
à opposer à la République
islamique d’Iran aux ambitions nucléaires
et à la Syrie du clan Assad,
qui dispose d’un important pouvoir de
nuisance au Liban et dans les territoires
palestiniens. Dans le même temps,
le camp sunnite, avec à sa tête
l’Arabie Saoudite et l’Egypte de Moubarak,
doit faire face au « croissant
chiite » qui est en train de se
constituer à ses portes avec
le renforcement du Hezbollah et les
ingérences croissantes de Téhéran
au Proche-Orient.
Pour
manifester leur soutien au camp des
pragmatiques et pour coincer le Hamas,
les Etats-Unis se disent prêts
à accepter le retour sur la scène
de l’initiative saoudienne du sommet
arabe de Beyrouth de mars 2002, laquelle,
soutenue par la Ligue arabe, du moins
formellement, a offert à Israël
la paix avec tout le monde arabe en
échange d’un retrait sur les
frontières de 1967. Même
s’il est difficile de se fier à
une offre saoudienne aussi généreuse
– surtout si l’on souligne le fait que
cette offre, qui implique la reconnaissance
d’Israël par les 22 Etats membres
de la Ligue arabe, n’a pas été
approuvée à l’unanimité
–, soutenir l’initiative de Beyrouth
c’est reconnaître implicitement,
de facto, l’Etat d’Israël dans
les frontières de 1967.
En
se montrant sensible à l’initiative
saoudienne, Mashaal a voulu manifester
un intérêt pour les signaux
de Washington tout en répondant
aux demandes incessantes des pays arabes.
Sauf que Mashaal a tenu à préciser,
comme le souligne le premier quotidien
égyptien, Al-Ahram, qu’il n’était
toujours pas question de reconnaître
« l’entité occupante »
(Israël). Or, l’initiative saoudienne
parle de normalisation diplomatique,
ce qui sous-entend la reconnaissance
d’Israël. En cela, le discours
de Mashaal, qui vide l’initiative saoudienne
de son sens, cherche à duper
la communauté internationale.
En
réalité, le discours de
Mashaal, qui peut être perçu
comme incohérent, est le fruit
d’un compromis entre deux tendances
émergeantes au sein du Hamas,
car le débat idéologique
qui porte sur la reconnaissance d’Israël
masque une divergence interne au sein
même du mouvement radical. Il
faut distinguer d’un côté
le refus idéologique d’Israël
dans la charte du Hamas, fondé
sur une vision religieuse intransigeante
de la Palestine comme terre d’islam
(dar al-islam), et de l’autre
la possibilité d’un accord programmatique
d’un gouvernement dans lequel le Hamas
aurait son mot à dire.
Tout
se passe comme si le système
politique palestinien, devenu bipolaire,
était en train de se re-diviser
sur la base de la bipolarisation extérieure
qui s’est créée au Moyen-Orient,
celle qui opposerait l’Occident, dirigé
par les Etats-Unis, mais avec des alliés
au Moyen-Orient (pays arabes dits modérés,
Turquie), à l’axe irano-syrien,
que représente le Hezbollah et
les alliés de Damas à
Beyrouth. Certains pays de puissance
moyenne (middle power) comme
le Yémen et le Soudan se rapprochent
davantage de l’axe Téhéran-Damas,
plus par opposition au camp sunnite
guidé par Le Caire et Riad que
par véritable conviction politique.
Or
cette bipolarisation ne correspond pas
forcément au clivage Fatah-Hamas
mais divise, de l’intérieur,
chacune des deux principales forces
palestiniennes. L’attitude ambivalente
des dirigeants du Hamas exprime sans
doute une volonté d’intégration
dans le jeu politique. Il importe de
savoir si le mouvement extrémiste
parviendra à s’imposer sur la
scène régionale tout en
campant sur ses positions radicales.
Il n’y a rien de plus incertain.