Par
Masri Feki © Résilience
TV
19 décembre 2006
Le
bahaïsme est une jeune religion monothéiste
issue de l’islam chiite [1].
Ses adeptes égyptiens, quelques 10 000
personnes implantés dans le pays depuis
plus de 150 ans, sont sévèrement
réprimés par l’Etat qui les a
déchu de leurs droits civiques au temps
du colonel Nasser (1954-1970) avant de propager
une campagne de discrimination à leur
égard les excluant de l’espace public.
Les bahaïs égyptiens sont pourtant
une paisible communauté, respectueuse
du droit, qui demandent seulement la levée
des restrictions qui leur sont imposées.
Par
la voix de sa porte-parole Mme Alaí,
la communauté internationale bahaïe,
rappelle que depuis 1960 et l’adoption par Nasser
du décret no 263, les bahaïs sont
persécutés en Egypte. Le 28 novembre
2002, le Comité des droits de l’homme
des Nations unies a regretté l’interdiction
de culte imposée à la communauté
bahaïe en Egypte [2]
et a appelé les autorités égyptiennes
à reconsidérer leur position déplorable
vis-à-vis de la communauté bahaïe
[3].
Le
9 avril 2003, la Commission des droits de l’homme
des Nations unies [4],
a déploré le fait que tous les
membres de la communauté sont surveillés
par la police égyptienne, soumis à
des perquisitions et privés de leurs
droits civils. En dépit de l’article
46 de la Constitution égyptienne qui
garantit la liberté de conviction et
de culte, la pratique par les Bahaïs de
leur foi, même dans des lieux privés,
est jugée « hors la loi. »
Comme l’a aussi noté récemment
le Rapporteur spécial sur le droit à
la liberté d’opinion et d’expression
des Nations unies, les Bahaïs sont régulièrement
dénoncés comme apostats.
Depuis
le 16 décembre 2006, les bahaïs
d’Egypte sont sans papiers. Jusqu'à présent,
ils parvenaient à obtenir des documents
d'état civil permettant l'obtention de
cartes d'identité rédigées
à la main, grâce à des arrangements
officieux. Dans un pays où tous les citoyens
doivent indiquer leur religion sur leur état
civil, la Cour administrative suprême
égyptienne vient de leur dénier
le droit de s’identifier comme bahaïs.
Elle les prive ainsi d’inscrire leurs enfants
à l’école, de postuler pour un
emploi, de détenir un compte en banque,
d’accéder aux soins et de bénéficier
de tout service public (à part le transport
en commun). Ils ont le choix entre se convertir
contre leur gré à l’islam ou être
privés d’état civil. Il ne leur
reste plus qu’à espérer que le
débat public poussera le gouvernement
égyptien à revenir sur sa politique
discriminatoire.
Cette
affaire a démarré au printemps
2006 lorsqu’un couple marié (Husam Izzat
Musa et Ranya Enayat Rushdy), se sont vu confisquer
cartes d’identité et passeports quand
ils ont demandé à y inscrire les
noms de leurs filles, dont les actes de naissance
mentionnaient la religion bahaïe. En avril,
un tribunal administratif avait statué
en leur faveur [5],
obligeant l’Etat à leur délivrer
des cartes d’identité indiquant leur
religion. L’arrêt affirmait que même
si le gouvernement ne reconnaissait pas à
la foi bahaïe le caractère d’une
religion, ses membres devaient néanmoins
pouvoir inscrire leur appartenance religieuse
dans les papiers officiels.
Ce
jugement a alors provoqué un tollé
parmi les dignitaires d’Al-Azhar [6]
qui se sont élevés contre toute
mention officielle d’une religion autre que
celles évoquées dans le Coran.
Des centaines d’articles, de témoignages,
de commentaires, d’émissions télévisées,
et même de débats en direct dans
les médias égyptiens et arabes
ont relayé l’affaire et ses retombées,
ouvrant un véritable débat dans
la société civile sur les questions
de liberté de conscience et de tolérance
religieuse.
En
mai, le gouvernement a fait appel de la décision
du tribunal administratif et l’a portée
devant la Cour administrative suprême.
Le 2 décembre, les avocats des bahaïs
ont plaidé le rejet de l’appel du gouvernement
arguant que l’arrêt du tribunal administratif
était conforme à la loi, ce qui
a été finalement rejeté
par la justice égyptienne. En vertu de
ce rejet, les citoyens égyptiens de confession
bahaïe se retrouvent sans papiers.
Le
plus regrettable dans cette affaire, est que
le patriarche Chenouda III, représentant
de la minorité chrétienne orthodoxe
du pays (15%), une minorité réprimée
depuis quarante ans, s’est allié à
la position du régime affirmant que «
le bahaïsme n’est pas une religion ».
Ce gentil dhimmi a visiblement oublié
que pour le chrétien qu’il est censé
être, l’islam ne vaut pas plus que le
bahaïsme. Si pour l’islam, aucune religion
postérieure à la prédication
de Mahomet, ne peut être reconnu, il n’y
a aucune raison pour que le patriarche des Coptes
en fasse de même. Car suivant le raisonnement
des musulmans, l’islam pour nous, chrétiens
et juifs, n’est qu’une anomalie hérétique.