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L'autre Shoah oubliée : les fusillades en Ukraine

Par Masri Feki © Le Jerusalem Post
2 janvier 2007

Prêtre catholique français, Patrick Desbois a pris sur lui le projet de trouver les victimes juives ukrainiennes de la Shoah dont le lieu d’ensevelissement est resté secret de longues années.

L'institut chrétien d'études juives et de littérature hébraïque a organisé une conférence sur les massacres des Juifs d'Ukraine, le mardi 19 décembre, à l'espace Agron de Jérusalem. Le conférencier est un Juste parmi les nations. Délégué de l'épiscopat français pour les relations avec le judaïsme, le père Patrick Desbois se consacre à la localisation des fosses communes où ont été enterrés les Juifs d'Ukraine exterminés par les nazis.

Selon les estimations des spécialistes, plus d'un million et demi de Juifs sont morts et ont été jetés dans d'immenses fosses par les Allemands, sur les terres conquises à l'URSS. "Certains étaient enterrés vivants, à tel point que la terre tremblait pour de longs moments selon les témoins", affirme-t-il les larmes aux yeux. "D'autres étaient emmurés dans des caves, et mettaient plusieurs jours avant de périr."

Depuis plus de deux ans, ce prêtre actif se rend en Ukraine tous les deux mois où il fait parler les vieux des villages et, avec leur aide, il a pu découvrir plus de 400 fosses communes dans lesquelles ont été enterrées à travers tout le pays, les victimes juives du projet d'extermination de l'Allemagne nazie, il y a plus de soixante ans. Le père Desbois estime qu'il n'y a pas moins d'un million de victimes dans 1 200 fosses, dont les lieux précis ne sont connus d'aucun spécialiste de la Shoah dans le monde.

L'ampleur de la mission étant considérable, inimaginable même pour certains, Patrick Desbois a compris que les seuls qui pourraient l'aider à trouver les fosses sont les personnes âgées ukrainiennes, témoins oculaires ou auditifs de ces années-là, et il dirige depuis deux ans une course contre le temps en essayant de les faire parler. Il s'adresse aux prêtres du lieu, et leur demande de se servir de leur influence sur les gens et de les persuader de dire ce qu'ils savent. Lui-même, habillé en prêtre, les attend dans la cour de l'église avec une caméra et un microphone. Il explique que l'habit de prêtre aide pour la rencontre avec les habitants.

"Le plus dur", explique-t-il, "c'est que quand les nazis ont procédé à la destruction des preuves de leurs crimes en juin 1942, les fosses ont été ouvertes et les corps brûlés. Dans beaucoup de cas il n'y a plus rien sous la terre, rien que de la terre et des cendres." Puis il ajoute : "Nous avons donc été obligés de nous fier aux descriptions des nazis pour connaître le nombre des victimes." Pour décider où commencer la recherche, le père Desbois explique que son équipe se base sur la description des Allemands qui ont dressé des listes journalières dans lesquelles sont détaillés les lieux des massacres ainsi que le nombre de victimes. Ensuite, l'équipe se lance à des recherches dans les registres régionaux que les Soviétiques ont fait pendant la guerre et dans lesquels est inscrit le nombre de morts de chaque village. A la fin de cette démarche, il reste à trouver au moins trois témoins différents qui ne se connaissent pas et qui confirment les résultats des recherches. C'est seulement lorsque ces trois conditions sont remplies et correspondent aux découvertes sur le terrain que l'endroit est marqué comme "fosse officielle".

Outre sa sensibilité aux souffrances du peuple juif, derrière cette énorme opération que dirige le père Desbois, il y a aussi une raison personnelle. Son aimé grand-père, raconte-t-il, a été envoyé au camp de prisonniers Revarosca en Ukraine, comme 25 000 soldats français qui étaient considérés comme personnes dangereuses par l'occupant allemand.

Dans ce camp, le grand-père s'est lié avec des prisonniers juifs qui ont disparu les uns après les autres du camp dont personne n'est jamais revenu. Il a lui-même entendu pendant des années son grand père, qui a survécu, dire que ce qu'il avait supporté n'était rien en comparaison des Juifs.

Alors que se tenait dernièrement à Téhéran la conférence internationale négationniste sur la Shoah, le père Desbois semble s'indigner du consentement silencieux des instances représentatives de l'Islam. Pourquoi l'organisation de la conférence islamique reste-t-elle silencieuse sur ce sujet ? La réponse lui semble être aussi simple que terrifiante. "Pendant des générations, les dirigeants musulmans ont gavé leurs populations de propagande similaire à celle que des générations d'Européens ont connu", a-t-il déclaré au Jerusalem Post édition française.

© Jerusalem Post, édition française