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La Syrie isolée au sein de la Ligue arabe

Par Masri Feki © Metula News Agency
1er février 2007

L’isolement croissant de la Syrie au sein de son environnement arabe est la meilleure explication du rapprochement du régime de Bachar el-Assad et de la République islamique d’Iran. Mais Damas, dernière citadelle du nationalisme panarabe, a-t-elle atteint le point de non-retour dans sa confrontation avec « l’axe arabe modéré » que représentent l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie ?

Depuis deux ans, la Syrie peine à trouver des soutiens dans son environnement arabe. Dans la Ligue arabe, son allié traditionnel égyptien semble de plus en plus favorable aux États-Unis. Les relations personnelles de Bachar el-Assad avec le président égyptien Hosni Moubarak ne sont pas des meilleures et cela influe fortement sur les relations diplomatiques entre les deux pays : les divergences se font de plus en plus fortes malgré d’importantes rencontres officielles. L’Arabie saoudite ne constitue pas non plus aujourd’hui un véritable allié après la crise libanaise et les révélations sur l’implication syrienne dans l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien Premier ministre libanais sunnite et pro-saoudien Rafik Hariri, le jour de la Saint-Valentin 2005. L’isolement de la Syrie a été renforcé par le cordon sanitaire érigé par la France et les États-Unis au moment de l’adoption de la résolution 1559, en septembre 2004, l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie ayant pris leurs distances.

De plus, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah libanais de juillet-août 2006, ces pays ont dénoncé l’aventurisme de la milice libanaise pro-syrienne et ont soutenu le gouvernement libanais de Fouad Siniora. C’est un retour à l’atmosphère de la guerre froide, quand le Moyen-Orient était divisé en deux blocs. A plusieurs reprises, le président égyptien Hosni Moubarak et son homologue syrien Bachar el-Assad se sont accusés mutuellement de couardise [1]. L’Égypte, tout comme l’Arabie saoudite et la Jordanie s’était montrée hostile à la guerre provoquée par le Hezbollah, tandis que la Syrie l’avait soutenu. Cette escalade dans la guerre verbale s’est accentuée le 15 août 2006. Dans un discours guerrier, Bachar el-Assad a qualifié, sans les nommer, de « demi-hommes » les dirigeants arabes ayant dénoncé « l’aventurisme » du Hezbollah. Ce terme figurait dans le communiqué du président égyptien et du roi Abdallah II de Jordanie le 14 juillet. Cette surenchère, déclenchée par le discours du président Assad, marque un isolement croissant de la Syrie au Moyen-Orient. En adoptant une position aussi radicale, le raïs syrien s’est aliéné les dirigeants de la région qui pouvaient être sensibles à ses arguments. Sa fuite en avant l’a rendu plus dépendant de la République islamique d’Iran, tout en l’affaiblissant considérablement.

Mais le régime syrien ne s’est pas arrêté là. Peu à peu, Damas a remonté la pente, attisant les peurs du Caire envers une démocratisation à l’américaine et jouant subtilement sur les craintes des Saoudiens et des Jordaniens face au terrorisme islamiste. Ainsi, les 136 terroristes arrêtés en décembre 2006 en Arabie saoudite formaient des cellules dormantes commandées par le chef des renseignements militaires syriens, le général Assef Chawkate, beau-frère du président Bachar el-Assad. Selon le quotidien koweïtien Al-Seyassah [2], Chawkate aurait donné ses ordres aux réseaux terroristes dissimulés non seulement en Arabie, mais aussi en Égypte et en Jordanie, pour déstabiliser ces trois pays considérés comme modérés. En majorité de nationalité saoudienne et yéménite, les 136 terroristes arrêtés étaient arrivés dans le royaume saoudien en provenance de Syrie où ils étaient formés pour rejoindre les rangs du djihad [3] en Irak.

La présence sur son territoire de candidats au « martyre » en Irak est une carte supplémentaire dont la Syrie a su aussi jouer pour négocier son retour sur la scène régionale. Sa première concrétisation a eu lieu en décembre 2006, au moment de la reprise des relations diplomatiques entre la Syrie et l’Irak, interrompues depuis vingt-cinq ans.

Les relations avec l’Irak ont été pendant la présidence de Hafez el-Assad marqué par de nombreux revirements. Cet État voisin, baasiste lui aussi, tendait parfois avec Saddam Hussein à concurrencer celui de Hafez el-Assad en tant que leader de la région : la Syrie a soutenu l’Iran lors de la guerre Iran-Irak et a été dans la coalition lors de la première guerre du Golfe. L’invasion du Koweït en 1990 et la guerre qui en a découlé ont fortement marqué la région de par les changements géostratégiques provoqués. Rompant avec la politique de son père, Bachar el-Assad a refusé de faire partie à nouveau de la coalition américaine en Irak. L’embargo ainsi que les bombardements ont exaspéré les Syriens. En effet, l’Irak ne représentait plus de menace pour la Syrie. Dès 1998, les relations ont repris et les échanges économiques se sont intensifiés. L’Irak, faisant les frais de l’embargo occidental, avait une demande forte de produits manufacturés de base et les industries syriennes étaient en mesure de répondre à cette demande. De plus, grâce à une rénovation des infrastructures routières, les échanges de gaz et de pétrole ont pu reprendre. Aujourd’hui, la situation sécuritaire ne permet pas de reprendre des relations économiques intenses, l’État irakien faisant face à une situation intérieure extrêmement difficile, même si la menace que fait planer sur Damas le stationnement des troupes américaines à proximité de ses frontières (Irak, Arabie saoudite) a amené la Syrie à reprendre ses relations diplomatiques avec l’Irak. Il convient de se demander comment les relations entre le Baas syrien et le nouveau régime démocratique irakien vont évoluer. On peut espérer une pression irakienne sur le régime de Damas pour plus de démocratie et de libéralisme. Mais face à l’Iran, l’Irak reste décidément trop faible. Et c’est là que l’axe irano-syrien s’avère efficace.

Notes :

[1] Pierre Prier, « L’Egypte et la Syrie s’accusent mutuellement de couardise », Le Figaro, 12 octobre 2006.
[2] Dans son numéro du 8 décembre 2006.
[3] Guerre sainte dans l’islam.

© Metula News Agency