Par
Masri Feki © Metula
News Agency
7 février 2007
L’Iran
qui attire les foudres arabes depuis plusieurs mois
contribue à desserrer l’étau autour
de la Syrie, dernier fief du panarabisme après
la chute de Saddam Hussein en Irak.
Si
les Iraniens pensent qu’ils pourront dissuader les
Etats-Unis de chercher l’affrontement militaire et
Israël de bombarder leurs installations nucléaires,
les Syriens se montrent de même convaincus que
toute attaque militaire est exclue, et pour longtemps.
Ils se félicitent de constater qu’aussi bien
le lobby pro-israélien aux Etats-Unis que l’Etat
d’Israël semblent préférer la stabilité
du régime de Bechar Al-Assad aux impondérables
d’un renversement de régime, trop risqué
pour leurs intérêts. Ils estiment que
les Etats-Unis les ménageront parce qu’ils
ont besoin d’obtenir leur soutien pour trouver une
solution en Irak. La publication, en décembre
2006, du rapport Baker-Hamilton du groupe bipartite
d’études sur l’Irak, dirigé conjointement
par l’ancien secrétaire d’Etat américain
James Baker et le démocrate Lee Hamilton, appelant
au dialogue avec la Syrie, renforce Damas – et Téhéran
dans une moindre mesure – dans leur convictions.
Aux
yeux des dirigeants de Damas, l’Irak étant
au centre des préoccupations américaines,
les Etats-Unis chercheraient à obtenir de la
Syrie qu’elle leur permette une sortie honorable d’Irak.
En contrepartie, ils accepteraient que la Syrie rétablisse
son contrôle sur le Liban. Selon cette analyse,
la Syrie pourrait obtenir tout ce qu’elle désire
en contrepartie d’une attitude accommodante vis-à-vis
des Américains en Irak. Négocier avec
la Syrie – et l’Iran – pour permettre une réduction
des troupes américaines dans la région.
Certains observateurs affirment que le Liban serait
le meilleur terrain d’entente pour maintenir le statu
quo de « paix froide » entre la Syrie
et Israël d’une part, et entre les Etats-Unis
et l’Iran de l’autre.
Une
telle évolution de la situation profiterait
sans doute plus à la Syrie qu’à l’Iran,
dans la mesure où elle sortirait Damas de son
isolement, et, par conséquent, des griffes
iraniennes. Un tel éloignement limiterait l’influence
iranienne sur la région au profit de la Syrie.
D’où le plaidoyer du rapport Baker-Hamilton
en faveur de la résolution du conflit israélo-palestinien
et d’un retrait israélien du plateau du Golan,
en échange d’un accord de paix entre la Syrie
et Israël, qui créerait des conditions
favorables à la stabilisation de la région
et faciliterait la tâche des Américains
en Irak.
Or,
tout semble indiquer que cette vision est irréalisable.
D’une part, parce que l’administration américaine
actuelle ne pourra faire abstraction des conclusions
de la commission d’enquête internationale sur
l’assassinat, en février 2005, de l’ancien
premier ministre libanais Rafic Hariri. Dans le passé,
de nombreuses propositions avaient été
faites afin d’épargner le régime syrien
en échange de l’extradition de certains responsables
subalternes directement impliqués dans ce crime
politique. Mais ces propositions ont été
suivies par de nouveaux assassinats de responsables
libanais, dont certains avaient un lien évident
avec l’assassinat de Hariri.
Dans
la mesure où il considère que l’Irak
est le principal théâtre de la «
guerre contre le terrorisme » et que cette guerre
constitue le fil rouge de ses deux mandats, le président
américain refusera d’admettre une défaite
et de chercher des arrangements déshonorants.
En outre, tout semble indiquer que la Syrie, tout
comme l’Iran, permettent l’infiltration de combattants,
d’armes et d’équipements vers l’Irak, et alimentent
l’insurrection. Réhabiliter la Syrie reviendrait
donc à récompenser ses provocations
et consacrerait l’idée que le soutien au terrorisme
est un moyen adéquat de faire plier les Américains.
D’autre
part, le président syrien, qui manque visiblement
d’envergure, est affaibli par son armée et
les Moukhabarat (Services de renseignement)
qui agissent sans concertation. L’enquête internationale
ainsi que le projet de l’établissement d’une
Cour de justice internationale pour juger les accusés
intriguent de nombreux responsables syriens et libanais
pro-syriens.
Parmi
ces derniers, certains pensent qu’il faut se montrer
sûr de soi et jouer la surenchère. En
affichant ainsi leur confiance, ils alimentent l’idée
selon laquelle la Syrie serait prête à
rétablir son contrôle sur le Liban, au
moment où les Américains, abandonnant
leurs illusions de démocratisation du Moyen-Orient,
semblent prêts à tout sacrifier.
Finalement,
l’influence iranienne sur la Syrie s’est
accrue au cours des dernières années
et il est difficile d’envisager une brusque
rupture entre les deux Etats.