Par
Masri Feki © Metula
News Agency
20 mars 2007
Pour
être libre, en Egypte, il faut savoir braire.
Alors
que l’opinion publique égyptienne est préoccupée
par le projet de réforme constitutionnelle du
président Hosni Moubarak, et la classe politique
par la préparation du sommet arabe de Riad, à
un moment crucial de l’histoire de la région,
le gouvernement égyptien organise actuellement
un congrès international au Caire pour discuter
des problèmes des animaux en général,
et en particulier des ânes.
«
Les Egyptiens aiment les ânes »
Selon
le docteur Adel Keshk, président de l’Association
de protection du bétail, les ânes égyptiens
souffrent de surmenage et sont maltraités par
leurs propriétaires. Le congrès, qui a
débuté le lundi 19 mars et qui dure cinq
jours, relève notamment « les conditions
difficiles dans lesquelles vivent deux millions et demi
d’ânes égyptiens », a rapporté,
mardi 20 mars, le site d’information arabe «
Elaph.com
».
Durant
la première session du congrès, un porte-parole
du ministère de l’Agriculture a fait un
discours émouvant, dans lequel il a souligné
« les liens profonds qui existent entre les humains
et les ânes », attestant que « de
nombreux sociologues ont reconnu, dans des études
sérieuses, que les Egyptiens ont beaucoup de
sympathie pour les ânes ». « Les Egyptiens
aiment les ânes », a-t-il conclu, indiquant
que l’Association de protection des ânes
d’Egypte, créée en 1930, bénéficia
du soutien de nombreuses personnalités politiques
et littéraires de l’époque, comme
Taha Hussein, Abbas el-Aqad, Tewfik el-Hakim, Ahmed
Ragab, Sayed Beder et Nadia Lotfi.
L’un
des objectifs de cette association, fondée par
Zaki Toulaymat et Shokri Ragheb, qui occupait le poste
de directeur de l’Opéra du Caire, était
de mettre en place un théâtre national
dont la mission principale serait de traduire en arabe
tous les récits littéraires occidentaux
en rapport avec les ânes ! Selon le journaliste
égyptien Nabil Sharafeddine, l’âne
est un animal patient et capable de surmonter les défis.
Un
congrès mondial pour les ânes du Moyen-Orient
Si
les ânes font l’objet d’une campagne
de solidarité orchestrée par le ministère
de l’Agriculture et les organisations de protection
des animaux, ce n’est pas le cas des trente-cinq
mille prisonniers politiques du pays (source : Amnesty
International). Il est vrai que le général
Moubarak a réussi à convaincre ses bailleurs
de fonds occidentaux du risque important que ferait
courir la libéralisation politique. D’après
Moubarak, les seuls qui en profiteraient seraient les
islamistes (les Frères musulmans), dont le slogan
serait « Un homme, un vote, une seule fois ».
Les ânes sont beaucoup moins menaçants…
Le
régime de Moubarak nous considère, nous
aussi, comme des ânes ! Personnellement, je suis
un grand baudet, parmi une majorité de bourricots
égyptiens, à la recherche d’une
vie digne, sans prisons politiques, sans tribunaux militaires
pour les civils, sans réforme constitutionnelle
incluant des articles liberticides désignés
au remplacement de l’état d’urgence
que le Caire compte suspendre sous les pressions américaines.
Nous,
Aliborons d’Egypte, ne cherchons que les libertés
élémentaires inscrites dans la Déclaration
universelle des droits de l’homme de 1948, ainsi
que dans les conventions internationales dont le pays
du Nil est signataire : la liberté d’expression,
la liberté de conscience, la liberté de
refuser les visites nocturnes des Moukhabarat
(les Services de Renseignement pour la Sûreté
de l’Etat). C’est pourquoi je suggère
que les Nations unies organisent dans l’urgence
un congrès mondial de secours aux ânes
d’Egypte et du Moyen-Orient.