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L'Ame de Shaked interprétée très "librement" au Caire

Par Masri Feki © Metula News Agency
30 mars 2007

Il y a quelques semaines, un documentaire israélien sur la guerre des Six jours de juin 1967, « Rouah Shaked » (L’âme de Shaked), diffusé à la télévision israélienne sur la chaîne Arouts 10, a laissé entendre au Caire que l’unité d’élite de Tsahal, dirigée par l’actuel ministre des Infrastructures israélien, Binyamin Ben Eliezer (travailliste), aurait abattu 250 prisonniers de guerre égyptiens à la fin de la guerre des Six jours. Des accusations sans preuves qui ont été rejetées par Israël. Ben Eliezer a rétorqué, dans une réponse écrite, que les hommes étaient des feddayin (terroristes) qui avaient trouvé la mort durant les combats.

La soudaine flambée provoquée par le documentaire, qui a été diffusé en Egypte, a obligé Ben Eliezer à annuler une visite prévue au Caire le jeudi 8 mars. De nombreux députés du Magles el-Chaab, le parlement égyptien, ont demandé au président Hosni Moubarak de suspendre l’accord de paix signé avec Jérusalem en 1978, de rappeler l’ambassadeur égyptien de Tel-Aviv et de constituer un « dossier sur les crimes de guerre » contre l’Etat hébreu.

La diplomatie égyptienne exige, depuis, « une enquête de la part d’Israël sur les massacres de prisonniers en 1967 ». Le ministre des Affaires Etrangères Ahmed Aboul-Gheit a déclaré à la première chaîne de télévision égyptienne avoir envoyé une lettre sévère à son homologue israélienne Tzipi Livni après avoir visionné lui-même le documentaire [1].

La presse égyptienne considère ce documentaire comme une preuve de l’exécution des 250 prisonniers de guerre égyptiens par un groupe d’élite des forces israéliennes dans la péninsule du Sinaï, au lieu de les emmener dans un camp de prisonniers. Pour les israélophobes traditionnels, c’est le moment où jamais d’appeler à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays voisins [2]. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire El-Osbou’ (La Semaine), Mustapha Bakri, connu pour ses discours démagogiques et ses propos antisémites, a appelé à la décapitation de l’ambassadeur israélien si celui-ci ne quittait pas le pays ; un appel au meurtre passé sous silence. C’est la liberté d’expression !

De son côté, le président égyptien a déclaré dans un entretien accordé au quotidien Akhbar el-Yom, le samedi 17 mars, que son pays prendrait toutes les mesures nécessaires pour que les responsables de ces « crimes de guerre » n’échappent pas à leur peine. Néanmoins, parler de « crimes de guerre » sans preuves tangibles, en se basant exclusivement sur une interprétation partiale d’un documentaire télévisé, rend caduc le projet de commission d’enquête prôné par le Caire. A quoi serviraient les conclusions d’une telle commission, si d’emblée le plus haut représentant de l’Etat égyptien parle de « massacres » et de « criminels de guerre » ?

Le producteur israélien du film, Ran Ederlist, a pour sa part assuré que la presse égyptienne a déformé fortement son documentaire, affirmant que les évènements ne concernent pas des prisonniers de guerre égyptiens désarmés mais des combattants palestiniens tués durant une des batailles [3].

Les journaux égyptiens ont publié au cours des deux dernières semaines plusieurs entrevues avec des militaires retraités au sujet du « massacre des prisonniers de guerre ». Le quotidien privé El-Masri el-Yom (L’Egyptien aujourd’hui) a donné la parole, mardi 6 mars, à un ancien officier de l’armée égyptienne en 1967, Osama el-Sadek, qui a raconté une scène qui s’est déroulée durant la guerre : « Nous avons trouvé 40 [soldats égyptiens] environ, tués d’une balle dans la tête, et des traces de tanks qui sont passés sur leurs corps. C’était une scène horrible » [4].

Heureusement qu’il reste des voix modérées qui appellent au retour à la raison et au dialogue avec Israël. Il s’agit notamment du président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement et ancien conseiller du président Moubarak, le professeur Mustapha Feki, qui a déclaré le 2 mars à la chaîne satellitaire égyptienne Dream : « Nous ne devons en aucun cas renoncer au dialogue [avec Israël]. Eux aussi (les Israéliens) ont des problèmes avec nous et réclament l’argent des Juifs [d’Egypte] spoliés [par le régime de Nasser] ; le malaise est réciproque ».

Il semble néanmoins qu’il existe chez les stratèges du Ministère des Affaires étrangères, une volonté de rapprochement avec la République islamique d’Iran au moment où les craintes d’un affrontement militaire entre Washington et Téhéran ne cessent de planer sur la région. L’Egypte, qui veut s’épargner la fureur perse qui gronde sur le Moyen-Orient, comprend que tout rapprochement avec l’axe chiite doit passer par un durcissement de ton avec Israël. C’est en faveur de ce rapprochement que s’est exprimé l’ancien président iranien Muhammad Khatami [5], actuellement en visite au Caire. C’est aussi le cas de l’Arabie saoudite qui semble vouloir renouer des liens avec l’Iran et la Syrie, après une année de tensions au sujet de l’Irak et du Liban. Le sommet de la Ligue arabe qui a lieu cette semaine à Riad, exprime cet affaiblissement de l’axe sunnite, appelé aussi « camp des modérés arabes », dont on parlait ces derniers temps.

Notes :

[1] L’Egypte avait déjà demandé des comptes à Israël au sujet de cet évènement. En 1995, Le vice-Premier ministre, Shimon Pérès a désigné un major de réserve de l’armée pour faire une enquête qui n’a pas donné de résultats.
[2] Celles-ci avaient déjà été "gelées" en octobre 2000, au moment de l’éclatement de la deuxième Intifada.
[3] Haaretz, 14 mars 2007.
[4] Elaph.com, 5 mars 2007.
[5] Dream TV, 28 mars 2007.

© Metula News Agency