Par
Masri Feki © Metula
News Agency
3 avril 2007
Le
régime libyen veut expulser des dizaines de milliers
de Palestiniens, au prétexte de combattre les «
plans sionistes » qui visent à les intégrer
dans leurs pays d'accueil.
Grand
absent du 19ème sommet de la Ligue arabe, tenu
la semaine dernière à Riad [1],
le président mégalomane de la Libye, Mouammar
Kadhafi, fait de nouveau parler de lui dans la presse
arabophone. Celui qui se présente depuis trente-cinq
ans comme un ardent défenseur de la cause palestinienne
n’a pas trouvé mieux, pour soutenir ses «
frères arabes de Palestine », que de suggérer
leur expulsion de son vaste pays désertique.
Le
quotidien officiel Al-Jamahiriya avait affirmé,
il y a quelques jours, que les autorités étudiaient
les moyens permettant aux milliers de Palestiniens résidant
en Libye de se rendre dans la bande de Gaza en passant
par l’Egypte, afin d'empêcher le « complot
» de leur réimplantation dans les pays arabes.
L’article expliquait que ce projet procédait
d’un « sombre marchandage (…) prévoyant
que tous les Palestiniens de la diaspora soient définitivement
installés dans leurs pays de résidence actuels,
c’est-à-dire que les réfugiés
palestiniens installés au Liban deviendraient libanais,
ceux installés en Syrie syriens, ceux de Libye
libyens, etc. On voudrait ainsi brader le droit au retour
des réfugiés pour convaincre Israël
d'accepter le « plan de paix saoudien », rapporte
le Courrier International du 16 mars.
C’est
du « plan de paix saoudien » qu’il s’agit,
connu également sous le nom d’ « initiative
du prince Abdallah » – adopté par la
Ligue arabe au sommet de Beyrouth de 2002, mais rejeté
catégoriquement par la Libye. Ce plan propose une
normalisation des relations de tous les pays membres de
la Ligue avec l’Etat d’Israël «
en contrepartie d’un retrait total de l’ensemble
des territoires occupés par Israël »
lors de la guerre des Six jours de juin 1967. «
C’est ainsi qu'on veut en finir avec la cause palestinienne
», poursuit le journal libyen, « mais notre
pays ne sera pas complice ».
Lors
d’un entretien accordé à la chaîne
qatarie arabophone Al-Jazeera le 20 mars 2007, Kadhafi
a à nouveau parlé de son chef-d’œuvre
: Isratine ! Cet Etat arabo-juif « qui sortira le
Proche-Orient du fond de l’abîme et permettra
de sauver les Juifs des risques de disparition dans un
environnement arabo-musulman majoritaire ». Il a
rajouté que si Israël n’avait pas été
créé, il aurait protégé les
Juifs persécutés où qu’ils
se trouvent... Il n’y a rien de plus évident.
C’est pourquoi, il faut expulser les Palestiniens
vers le territoire de la future Isratine, afin d’obliger
les dirigeants israéliens à en accepter
l’idée. Ce n’est pas plus compliqué
que cela.
Déjà
en septembre 1995, la Libye avait expulsé des milliers
de Palestiniens de son territoire pour marquer son opposition
aux accords d’Oslo de 1993, conclus entre l’OLP
et Israël, en vertu desquels les représentants
légitimes du peuple palestinien avaient reconnu
– du moins officiellement – l’Etat d’Israël
et renoncé – en anglais – à
« la lutte armée ». Des milliers de
réfugiés palestiniens s’étaient
alors retrouvés coincés dans des «
camps de retour » installés à la frontière
avec l’Egypte, qui leur avait refusé le passage.
D’autres avaient été piégés
dans des bateaux croisant au large des côtes de
la Syrie et du Liban, qui leur avaient eux aussi refusé
l’entrée sur leur territoire.
Le
porte-parole des députés du Fatah au Conseil
législatif palestinien, Jamal al-Tirawi a fermement
dénoncé les propos tenus par Mouammar Kadhafi,
lors d’un entretien accordé au quotidien
Al-Hayat : « le fait de les chasser les obligera
à s’installer dans un autre pays d’accueil,
mais ne les fera pas revenir en Palestine, puisque Israël
ne leur permettra pas de passer la frontière ».
Il a exprimé son espoir de voir « Mouammar
Kadhafi revenir sur sa décision, qui, si elle devait
être appliquée, obligerait ces réfugiés
à un nouvel exode », poursuit le quotidien
saoudien paraissant à Londres.
Kadhafi
est internationalement connu pour ses idées fantaisistes.
Il est l’auteur d’un monument littéraire
intitulé Le Livre vert. Sa quatrième de
couverture en dit long sur le contenu : « Ce livre
qui vise à expliquer le sens de l’existence
humaine, apporte des solutions à tous les problème
de la vie. » Il propose, par exemple, sa médiation
pour la reprise des relations entre les Etats-Unis et
Cuba et suggère l’unification de la Corée
« parce que les Coréens sont issus d’une
même race » ! Sa théorie de la supériorité
des Noirs révèle le paroxysme de sa folie
: « Les femmes blanches sont stériles. Quand
les Noirs auront vaincu le sida, ils deviendront majoritaires
sur la planète. Et ce sera alors la revanche de
l’Homme noir. » Le président Sadate
était décidément un grand visionnaire
lorsqu’il a qualifié Kadhafi, en public,
lors de l’un de ses derniers discours, de «
Magnoun Libia » (Le fou de Libye).