Par
Masri Feki © Turkish
Daily News (Turquie)
10 mars 2008
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Au
cœur d’une région hostile et instable,
Israël est aujourd’hui confronté à
de nombreux défis dont celui de son intégration
dans un environnement composite.
Lors de l’apparition
du mouvement sioniste politique, le monde juif fut divisé
entre ceux qui jugeaient bon de le soutenir et d’y
adhérer et ceux qui décidèrent de
s’y opposer et de le combattre. Pour les uns créer
un pays permettant aux Juifs de vivre sans être
considérés comme une minorité tout
juste tolérée (dans le meilleur des cas)
était un immense pas vers une libération
nationale tant espérée. Pour les autres,
ultra-minoritaires aujourd’hui, l’Etat juif
de l’antiquité fut détruit par la
volonté divine, et seul le Messie pouvait le rétablir.
Toute tentative humaine de recréer un Etat juif
avant la venue du Messie serait donc une contestation
de la volonté divine. Il convient toutefois de
souligner que ceux-là ne remettent pas en question
la légitimité juive, mais ils croient que
l’Etat juif tant attendu doit être l’œuvre
du Messie. Il s’agit donc d’une question de
« timing » et non pas de principe. Quoi qu’il
en soit, Israël abrite aujourd’hui la communauté
juive la plus nombreuse au monde, et selon tous les experts,
la majorité du peuple juif se trouvera sur la terre
de ses ancêtres d’ici 2030. Il s’agit
là de la victoire la plus éclatante du projet
sioniste.
Si
ce dernier avait pour mission d’intégrer
en Israël les Juifs dispersés partout dans
le monde, le sionisme d’aujourd’hui, lui,
doit faire face à un défi d’une toute
autre nature : l’intégration de l’Etat
hébreu, cette fois, dans son environnement régional.
Le processus de paix, à lui-seul, ne mènera
pas à cette intégration. Nous l’avons
vu, certains pays arabes furent contraints à un
moment de leur histoire, de reconnaître l’Etat
hébreu, ce qu’ils ont fait, mais en l’accueillant
comme un fait accompli et non comme une composante naturelle
et légitime de la région. La paix véritable,
globale et durable viendra le jour où les voisins
d’Israël reconnaîtront que le peuple
juif se trouve sur cette terre de droit, et non de
facto. Dans le même temps, il ne faut pas perdre
de vue le fait que les enjeux géopolitiques de
l’Etat juif sont aussi ceux d’une région
qui se cherche. Le Moyen-Orient est en quête d’identité.
Le panarabisme –
idéologie en pleine déroute après
la disparition du régime de Saddam Hussein et avec
l’affaiblissement de la Syrie baasiste – n’a
pas abouti à un projet de construction parce qu’il
n’a pas pris en compte la diversité de cette
région, les particularités identitaires,
les préoccupations communautaires de ses minorités,
la complexité du fait national qui ne se limite
pas à l’usage d’une seule et même
langue, mais qui repose aussi et nécessairement
sur un ensemble de convergences politiques et d’intérêts
communs. Sa conception arbitraire de la nation qui veut
que l’on soit arabe malgré soi, pour la simple
raison que l’on fait usage de la langue arabe a
mis à l’écart de légitimes
revendications nationales au sein d’un Moyen-Orient
majoritairement, mais pas exclusivement, arabophone.
Comme le panarabisme,
le panislamisme est une idéologie exclusiviste.
En rejetant la conception moderne de la citoyenneté,
il écarte l’hypothèse d’une
participation civique non-musulmane. Sa constitution est
immuable (droit divin), son programme ne peut être
remis en cause puisqu’il émane du Créateur
du monde. Absolutiste par nature, son discours exclut
les incroyants et par conséquent les non-musulmans,
ce qui explique que le flambeau du panarabisme ait souvent
été porté par des Arabes chrétiens,
angoissés par les desseins hégémoniques
de l’islam politique. Enfin, le caractère
transnational et militariste de son action l’a rapidement
placé dans la clandestinité par rapport
aux gouvernements en place. En dépit du chantage
diplomatique dont font usage certains régimes arabes
autoritaires en brandissant la menace islamiste («
Moi ou le déluge »), cette idéologie
n’a pas d’avenir car elle n’a pas de
projet réaliste et cohérent.
Un troisième et
ultime cadre régional s’impose progressivement,
au fur et à mesure que s’effondrent les deux
premiers. Il s’agit du « moyen-orientalisme
». Israël qui constitue la seule minorité
à la fois non-arabe et non-musulmane de cette région
doit axer sa diplomatie aujourd’hui dans ce sens.
Les Arabes non-musulmans (Arabes chrétiens, druzes…)
exclus du club panislamique, ont toujours une place honorable
au sein du panarabisme. Et les musulmans non-arabe (Turcs,
Iraniens, Kurdes…), exclus du club panarabe, peuvent
toujours rejoindre le panislamisme. Mais les Israéliens,
eux, n’étant ni Arabes ni musulmans, sont
doublement minoritaires !
L’Etat juif n’est
pas un intrus au Moyen-Orient, il est la prolongation
et le représentant d’une des civilisations
les plus anciennes de cette partie du monde. Tout lie
Israël à cette région : la géographie,
l’histoire, la culture mais aussi la religion et
la langue. La religion juive est la référence
théologique première et le fondement même
de l’islam et de la chrétienté orientale.
L’hébreu et l’arabe sont aussi proches
que le sont en Europe deux langues d’origine latine.
L’apport de la civilisation hébraïque
sur les peuples de cette région est indéniable.
Prétendre que ce pays est occidental équivaut
à délégitimer son existence ; le
salut d’Israël ne peut venir de son déracinement.
Le Moyen-Orient est le seul « club » régional
auquel l’Etat hébreu est susceptible d’adhérer.
Soutenir cette adhésion revient à se rapprocher
des éléments les plus modérés
parmi son voisinage arabe, et en premier lieu : des minorités.
Rejeter cette option, c’est s’isoler et disparaître.
Israël n’a pas le choix.